Alpinisme : ascension du Grand Paradis depuis le Pont de Valsavarenche (Italie & Val d’Aoste)

Alpinisme : ascension du Grand Paradis depuis le Pont de Valsavarenche (Italie & Val d’Aoste)

Bonjour à toutes et à tous ! Merci de votre visite sur mon site internet. Voici dans cet article un résumé en photos de mon ascension réussie du sommet du Grand Paradis, le dimanche 17 août 2014. Après l’ascension de la Zugspitze (point culminant d’Allemagne à 2962 mètres d’altitude) réussie fin juillet, je n’avais pas pour projet de repartir en montagne à l’étranger d’ici la fin de l’été, préférant privilégier ma préparation physique pour l’athlétisme et ma saison 2014-2015 de demi-fond. Mais après un apéro le jeudi soir précédant le sommet avec mon grand ami Xavier, me voilà reparti pour une nouvelle aventure montagnarde.

Le Grand Paradis (appelé dans sa langue natale le « Gran Paradiso ») est un sommet italien qui culmine à 4061 mètres d’altitude, et qui se situe dans le massif du Grand Paradis, dans les régions du Val d’Aoste et du Piémont. La première ascension du sommet a été faite le 4 septembre 1860 par les alpinistes John Jermyn Cowell, W Dundas, Michel-Ambroise Payot et Jean Tairraz. Après une brève étude de l’itinéraire, nous décidons avec Xavier d’essayer de réussir l’ascension du Grand Paradis en un jour seulement, départ le matin même du petit village de Pont, dans les environs de la commune de Valsavarenche à 1960 mètres d’altitude. Le challenge est osé et le défi est de taille. Nous utiliserons la voie normale d’ascension qui passe par le glacier du Grand Paradis, depuis le refuge Victor-Emmanuel II. Temps prévu d’ascension ? Un peu plus de 6 heures de montée selon nos prévisions, pour un départ donné vers 3h00 du matin depuis le parking du village de Pont.

Ascension du Grand Paradis (Italie) par la voie normale (TOPO, photos et informations)

Samedi 16 août 2014, 21 h 00 :  les affaires sont prêtes ! Me voilà reparti pour une sacré belle aventure, et pour un retour en altitude au-delà des 4000 mètres. La journée de samedi a été longue, je savais au réveil le samedi matin que j’allais devoir gérer une très grande fatigue pendant près de 36 heures… Pourquoi me direz-vous ? Au travail toute la journée le samedi au magasin d’Intersport d’Albertville où j’exerce mon métier de vendeur, le départ pour l’Italie est prévu le samedi même vers 23h30 d’Albertville ; et avec une préparation pour ma saison d’athlétisme qui s’est intensifiée depuis mon retour de la Zugspitze, c’est fatigué que je me lance dans ce projet. Il va falloir être fort mentalement et déterminé.

Samedi 23 h 55 : je reçois un petit sms de mon ami Xavier, m’annonçant son départ de chez lui et arrivant chez moi dans moins de 5 minutes. Je le rejoins sur le parking de ma résidence, mon sac sur le dos, mes chaussures et mon piolet dans les mains. Je suis impatient et concentré sur le défi qui nous attend. Je n’ai pas réussi à dormir une seule petite minute à cause du stress et après une grande journée de boulot, la fatigue sera donc grande ! Je retrouve Xavier, très heureux de pouvoir partager cette ascension et cette aventure avec lui. Nous avions pour projet depuis longtemps de faire un haut sommet ensemble, ce sera chose faite quelques heures plus tard. Direction l’Italie par le Col du petit Saint-Bernard, en passant par les communes de Moûtiers et de Bourg-Saint-Maurice avant de rejoindre l’Italie.

Nous passons la frontière entre les 2 pays vers 1h00 du matin, continuons notre route vers le point de départ de l’itinéraire et arrivons sur le parking du village de Pont Valsavarenche vers 2h40 du matin, après presque 3 heures de route depuis Albertville. J’organise rapidement mon sac, je chausse mes chaussures doubles coques utilisées lors de mon ascension de l’Aconcagua en Argentine, et me voilà prêt pour débuter l’ascension du Grand Paradis. Je souhaite bonne chance à mon Xavier un grand sourire sur le visage, et nous voilà parti. C’est une aventure assez incroyable qui débute ! Peu importe le résultat final, la priorité est d’essayer et de croire en ses rêves. En débutant la randonnée, j’apprend que le nom « Grand Paradis » vient de la signification « grande paroi » en langue Valdotain, qui est écrit normalement « Granta Parei ».

Dimanche 17 août 2014, 3 h 00 :  nous débutons l’ascension à 3h00 du matin, comme prévu dans notre programme. Le ciel est dégagé, il n’y a pas de nuages et il ne fait pas froid. Les prévisions météorologiques étaient bonnes ! Nous commençons à marcher le long d’une rivière pendant un kilomètre environ, avant de voir le chemin s’élever à travers la forêt du Grand Paradis. Je marche à mon rythme et je me concentre sur ma respiration, tous les voyants sont aux verts mise à part une petite fatigue, qui ne fera que s’intensifier pendant le reste de l’ascension. Pas après pas, je me rends compte que j’ai commis une erreur sur mon matériel : mes chaussures sont beaucoup trop lourdes. J’aurai du prendre avec moi des chaussures légères type trail/marche d’approche tige basse, et mes chaussures coquées dans mon sac à dos, pour faire l’échange ensuite. Xavier, plus léger que moi, prend de l’avance. Je commence à tirer la langue, mes chaussures sont affreusement rigides pour un simple sentier de randonnée! J’ai l’impression de marcher avec des enclumes, moi qui suis habitué à courir avec des chaussures de running ultra-light. Je me dis régulièrement pendant cette première heure de marche que j’aurai du prendre des chaussures semi-rigides avec débords arrières pour l’intégralité de la randonnée, cela aurait été parfait. Quelle erreur, je vais en baver…

Mais pas d’excuse, il faut être fort un point c’est tout. Après une petite heure de marche, nous apercevons devant nous un groupe de randonneurs en frontales, que nous dépassons progressivement à la sortie de la forêt. La nuit est très claire, nous éteignons nos frontales et continuons notre ascension pour finalement rejoindre après 1h30 minutes d’efforts environ le refuge Vittorio Emanuele II (Victor Emmanuel II en Français), situé à 2732 mètres d’altitude, grand refuge italien pouvant abriter plus de 150 alpinistes par soirées en forte saison (juillet & aout).

Après une petite pause et un petit ravitaillement sur les tables en bois du refuge, nous décidons de continuer rapidement notre chemin vers la moraine du Glacier, pour éviter les « bouchons » d’alpinistes, ces derniers étant en train de se réveiller doucement à l’intérieur du refuge. Nous ne serons pas seul au sommet, c’est une certitude. Il va y avoir beaucoup de monde en montagne aujourd’hui et nous voulons éviter le traditionnel « bouchon sommital du Grand Paradis », tant de fois décrié sur les forums internet et sur les topos papiers !

Dimanche 4 h 50 : progressivement, nous rejoignons d’immenses éboulis où le chemin est signalé à l’aide de nombreux Cairns. En regardant derrière, nous apercevons des dizaines de frontales lancées à l’assaut du Grand Paradis alors qu’au loin, le jour arrive dans un lever de soleil magistral. À 3200 mètres d’altitude, après s’être égarés de nombreuses fois du chemin principal (nous aurions du avoir un GPS avec nous), nous chaussons les crampons, mettons nos baudriers et nous commençons à marcher sur le glacier, encordé l’un à l’autre. Nous poursuivons l’ascension sur un bon rythme et malgré une grande fatigue s’installant, nous nous rapprochons au fil des minutes du sommet du Grand Paradis. Nous ne rencontrons aucune difficulté technique alors que désormais, le sentier est tout indiqué par les traces des premiers alpinistes de la journée et de la veille. Tous les voyants sont donc au vert. Mais nous commençons à avoir froid. Très froid. Le vent souffle fort, des impressionnants tourbillons de neige se forment sur le glacier.

Après avoir enfilé une doudoune, une paire de sur-gants et un bonnet vers 3700 mètres d’altitude, place 45 minutes plus tard à la dernière partie de l’ascension : une crête de rochers de quelques mètres très exposée au vide, où il est obligatoire de faire très attention et où il faut faire preuve de grande prudence. Je ne suis pas très à l’aise mais Xavier me rassure parfaitement avec ses mots. Nous nous rapprochons tout doucement du sommet et de la Madone, statue sommitale de la vierge du Grand Paradis.

Dimanche 8 h 30 : finalement après 5h30 minutes d’efforts depuis le parking du village de départ de l’ascension, nous réussissons le sommet du Grand Paradis, 4061 mètres d’altitude, avec en cadeau un paysage merveilleux sur de nombreux sommets alpins et Italien, du Mont Rose à la Becca di Monciair (3544 mètres). Quelques photos au sommet, et nous voilà reparti à toute vitesse vers la vallée. J’aurai aimé rester plus longtemps au sommet devant la Madone mais un guide Italien vraiment pénible, malpoli, irrespectueux et pressé nous a fait comprendre que nous devions laisser notre place à ses clients, pour l’habituelle photo sommitale. Le Grand Paradis est en été l’un des sommets de 4000 mètres d’altitude le plus fréquenté des Alpes (avec le Mont Blanc et le Cervin).

Les dizaines de frontales de cette nuit se sont désormais transformées en dizaines d’alpinistes, s’installant le long de la crête finale, et attendant leurs passages pour rejoindre le sommet et faire la photo symbolique à côté de la Madone. Je suis très heureux d’avoir réussi ce nouveau sommet, car le challenge de réaliser l’ascension du Grand Paradis en une journée seulement est de taille ! Je suis exténué de fatigue. Je suis également soulagé d’être arrivé dans les premiers au sommet car je n’aurais peut être pas été capable de rester sur la crête sommitale plusieurs dizaines de minutes, à attendre que le bouchon d’alpinistes se résorbe.

Comme je m’y attendais, la descente est éreintante. Nous faisons régulièrement des pauses où nous sommes allongés dans la neige, en train de manger des poignées de glace pour nous hydrater. Nous sommes cuits complets, il n’y a pas de doutes ! Nous n’avons plus d’eau et c’est la galère ! 

Au refuge Victor Emmanuel II, nous faisons une bonne pause au soleil. Je ne le savais pas mais Victor Emmanuel II a été le premier roi d’Italie de 1861 à sa mort, en 1878. Passionné par la chasse et la nature, Victor Emmanuel II se rendait très régulièrement dans le Valsavarenche et a ainsi donné son nom au refuge. Le refuge Victor Emmanuel II, géré par le club alpin Italien, dispose de 152 lits en été et de 40 lits en hiver, et est ouvert de mars à septembre. Allongé sur la terrasse, nous croisons des alpinistes qui arrivent au refuge pour la nuit. Pour eux, le Grand Paradis ce sera pour demain ! Pour Xavier et moi, la descente sera très longue et synonyme de grande souffrance. Je manque terriblement de sommeil et mes jambes me font mal… Je dois me battre contre moi-même pour garder mes yeux ouverts. J’ai le sentiment que je pourrai m’endormir à chaque instant.

Dimanche 12 h 00 : après 4 grandes heures de descente, nous retrouvons avec soulagement et plaisir notre voiture. Je m’effondre dans une petite étendue verte, et j’enlève le plus rapidement possible mes grosses chaussures. Plus jamais je ne referai cette erreur. Mes pieds me font très mal, mais tant pis pour moi, j’aurai du avoir l’intelligence de monter en baskets jusqu’à la moraine du Glacier. Pourquoi nous faisons des erreurs ? Pour ne plus jamais les refaire, évidemment ! Je regarde ma montre. Temps total d’efforts : plus de 10 heures de marche et plus de 2000 mètres de dénivelée positive et négative  !

Dimanche 14 h 00 : quelques étirements, une petite sieste, un pique-nique copieux et nous voilà reparti en direction de la France. J’apprend en partant de Pont que le parc National du Grand-Paradis, plus ancien parc d’Italie (crée en 1922) et faisant suite à la réserve royale de Victor Emmanuel II, a inspiré la création du parc National de la Vanoise en France. Pour les 2 parcs, l’objectif premier était et reste de protéger le bouquetin d’une extinction de masse. Le parc National de la Vanoise, crée en 1963 et jumelé avec le parc national du Grand-Paradis, s’est donc construit grâce à ce qui a été fait en Italie. Aujourd’hui, le parc national du Grand-Paradis possède une superficie de 710 kilomètres carré (contre 528 kilomètres carré pour celui de la Vanoise). Près de 59 glaciers sont recensés et 3000 bouquetins vivent à l’année dans le parc (ce qui en fait la plus grande réserve de bouquetins d’Europe). D’après les derniers recensements, le parc national du Grand-Paradis compterait 8 000 chamois, 5 000 marmottes et une dizaine de loups ainsi qu’une centaine d’espèces d’oiseaux. Le célèbre gypaète barbu a même été réintégré dans le parc en 1990.

En passant le sommet du Col du Petit-Bernard où nous croisons pleins de cyclistes, je réfléchis philosophiquement à ma sortie d’aujourd’hui. Même si la mode de l’ultra-light en montagne se démocratise à toute vitesse (merci Kilian Jornet), je dois faire attention à ne pas tomber dans les extrêmes « du light » car lors de randonnées alpines en haute-montagne, je perds ainsi l’entrainement de porter des charges lourdes. J’ai eu mal au dos une longue partie de ma randonnée alors que pourtant, j’avais avec un moi un simple sac à dos DEUTER de 40 litres. L’ultra-light pour le trail et la course à pied c’est le top, mais beaucoup moins pour la montagne et l’alpinisme. Très rapidement cependant, je retombe dans une micro-sieste alors que Xavier à côté de moi, conduit en écoutant les podcasts des Grosses Têtes de Philippe Bouvard.

Vers 17h00, je suis heureux d’arriver sur Albertville. Une superbe aventure se termine ainsi qu’un beau challenge sportif ! Un grand merci à mon ami Xavier qui m’aura aiguillé, encouragé et soutenu pendant toute l’ascension. Je n’aurai pas réussi le sommet sans lui, j’aurai fait demi-tour vers les 3500 mètres… Place désormais à une longue récupération avant de continuer mon chemin vers de nouvelles aventures et de nouveaux sommets à travers le monde. Pour information, voici le lien de notre récit d’ascension sur camptocamp, joliment rédigé par l’ami Xavier :

http://www.camptocamp.org/outings/550849/fr/grand-paradis-par-le-glacier-du-grand-paradis

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