Le ciel est splendide ce soir… La nuit est tombée vers 19h00 au village de Tilije/Tilijie où nous allons passer la nuit. Depuis un petit 1/4 d’heure, je suis assis à la terrasse de notre lodge à admirer les étoiles. Le ciel est magnifique, d’un clair absolu! Je pourrai passer la nuit à compter les étoiles par milliers, le spectacle est merveilleux! Je suis vraiment touché et ému par tant de beauté, de ma vie je n’ai jamais vu un ciel aussi pur.

Vendredi 10 novembre 2017, 20h30. Jour 15

Jour de marche, étape Bimtang (3600m) – Tilije (2300m). 19,6 kms, 5h22, 288m+ et 1663m-.

Car contrairement à mes montagnes des Alpes et mes soirées à regarder les étoiles, je ne suis gêné par aucune pollution visuelle. Ici, pas de halos, de lampadaires, de villes ou de villages. Seulement la nuit, le noir, le silence. Je profite un maximum de ce moment magique.

Ce soir nous avons très bien mangé. Je me suis régalé avec un poulet-riz au Curry très épicé! C’est la première fois que je mange aussi bien depuis de début du trek, cela me fait le plus grand bien moi qui suis en manque cruel de viandes et de fruits. C’est d’ailleurs la première fois que je mange de la viande depuis Katmandou. Cela est pourtant logique, sur le Manaslu et dans les campagnes du Népal, la viande est ultra-rare. Les poules servent à faire des œufs et les vaches et bœufs à faire les champs. À l’inverse, nous mangeons énormément de riz, de pâtes, de lentilles et du plat local, le Dal-Bath. C’est une alimentation de sportif et de montagnard à n’en pas douter…

Aujourd’hui, nous avons fait l’étape Bimtang – Tilije de notre trek. Nous avons quitté le grand plateau du camp de Bimtang ce matin vers 8h00. Nous avons toutes et tous passé une nuit excellente. Moi, j’ai presque fait le tour du cadran. J’ai tout de même ce matin un petit mal de tête... Nous sommes tout de même à 3650m d’altitude! Mais peu importe, la pression retombe, le col du Larkyala Pass est passé, je suis si heureux d’être ici… Ce matin en partant de notre lodge, la température était glaciale. Nous avons eu très froid, la neige n’est plus très loin, l’hiver continue de s’installer doucement dans le massif de l’Himalaya. Mais très rapidement, nous avons retrouvé le soleil et la chaleur en entrant dans la vallée du tour des Annapurnas. Nous abandonnons le froid et les sommets enneigés pour retrouver la chaleur et les forêts.

Le changement de décor est impressionnant. Nous sommes passés en quelques minutes du monde sec et aride de la haute-montagne à une forêt épaisse et dense. Nous avons enlevé les gants, bonnets et doudounes. Que nous avons rangé au fond de notre sac… 😉 Vers 12h00, nous avons fait une pause repas dans une très belle lodge de la vallée, composée de nombreux petits chalets colorés.

Nous avons mangé un excellent repas et nous avons lézardé au soleil pendant près de 120 minutes avant de reprendre notre chemin vers Tilijie. Nous avons continué notre descente en longeant de nombreux champs où des agriculteurs Népalais travaillaient. Le choc là aussi, est rude. Ma mère m’a dit que le monde agricole Népalais était le même que le monde agricole Savoyard, il y a 150 ans. Les champs sont labourés par des bœufs, les femmes sont à genoux dans les champs, le blé est battu comme dans l’ancien temps… J’ai constaté ce retard avec tristesse et admiration… Quel courage!

Notre journée s’est terminée par une longue marche sur la nouvelle route forestière du Manaslu, dans la poussière et sous la chaleur. Cette nouvelle route est construite à travers la forêt, en plein flanc de la vallée… Le chemin défigure la montagne et pulvérise la forêt. Et puisque la route n’est pas goudronnée, chaque passage de 4×4 entraîne une fumée impressionnante. Cela est triste à voir… peut être qu’un jour il sera possible de monter en voiture jusqu’à Bimtang, à 3700m d’altitude. Le tour du Manaslu perdra alors de sa saveur. Mais pouvons-nous, habitants des Alpes, donner des leçons et des conseils? Je ne crois pas, nos montagnes se sont abîmées au rythme de la construction des stations de ski dans les années 1980-1990. Les dégâts sont impressionnants et considérables, le point de non-retour est atteint depuis longtemps. Nos montagnes sont polluées comme jamais. La mondialisation et la recherche permanente du profit y sont pour beaucoup.

Ce soir, nous dormons à 2300m d’altitude. Notre descente se poursuit, et moi, malgré la fin de ce petit compte-rendu, je vais encore rester quelques minutes là où je suis, sous ce ciel étoilé si magnifique.