Installé au fond du mon duvet et assis bien au chaud dans mon petit lit de notre lodge du village de Bimtang, je repense à cette journée incroyable que nous venons de vivre mes compères et moi sur le trek du tour du Manaslu. Aujourd’hui, nous avons réussi la montée du col du Larkya la PASS, point culminant de notre périple situé à 5145m d’altitude. Nous sommes toutes et tous très heureux mais également très fatigués.

Jeudi 09 novembre 2017, 18h00. Jour 14

Jour J, étape Dharmasala (4460m) – Col du Larkyala Pass (alt 5145m). 7,90 kms, 4h29, 606m+ et 45m-.

Jour J, étape Col du Larkyala Pass (alt 5145m) – Bimtang (3600m). 5 kms, 4h30 de descente, 1360m-.

La journée a commencée tôt ce matin aux alentours de 1h30. Nous avons pour la plupart très peu dormi, car il faisait froid dans nos tentes et car le vent lançait des bourrasques impressionnantes contre les toiles des tentes. Mais également car des yaks se sont baladés vers notre campement toute la nuit, et ont fait un bruit d’enfer. Je me rappellerai toute ma vie de ce moment, celui ou je me suis levé faire pipi vers 0h15 et que je me suis retrouvé nez à nez avec un bébé yak. J’ai aperçu ses yeux brillants dans la nuit à 60 centimètres de mon visage… j’ai à moitié hurlé, ce qui a fait peur au bébé yak, qui est donc partit dans un vacarme hallucinant 😁 

Personnellement, je n’ai pas fermé un œil de la nuit. J’ai eu mal au dos et aux hanches, les tapis de sol étaient trop fins pour cacher les pierres qui me sont rentrées dans le dos pendant 8 heures! J’ai eu froid, et j’étais très agité à cause d’un petit stress et d’un rythme cardiaque trop élevé, surement à cause de l’altitude. Je me suis levé très fatigué et le corps endolori, mais motivé pour réussir cette ascension et terminer le plus rapidement possible cette journée. A 3h00, nous nous sommes retrouvés dans l’une des anciennes yakeries du camp de Dharamsala pour prendre notre petit-déjeuner. Nous étions toutes et tous un peu stressé et nous n’avons pas avalé grand choses. Un thé, une galette et une vitamine donnée par notre guide Mayla.

Nous avons commencé à marcher vers 3h15 du matin, sous un ciel étoilé dans sa grande majorité. Le ciel était bouché à certains endroits mais la météo était très encourageante pour la suite. Nous sommes partis très prudemment, rangés derrière notre Sherpa Antapal qui ouvrait le chemin et qui imposait le tempo. Je me rappelle avoir été impressionné par le rythme de tortue de nos 30 premières minutes de marche… un pas toutes les 3 secondes peut-être! Nous avons marché pendant presque 2 heures sous un ciel étoilé seulement perturbé par les halos de nos frontales. Les nuages se sont rapidement dissipés, quelle chance!

Le chemin de montée vers le Larkyala Pass est évident car des poteaux jaunes fluo balisent le sentier jusqu’au Col. Il est donc presque impossible de se perdre. Au bout de 120 minutes de marche, l’aube a pointée son nez à l’horizon. Doucement, le soleil s’est imposé dans la pénombre. Nous avons été réchauffé, et heureusement car les 2 premières heures de marche ont été glaciales. Nos gourdes et nos poches à eaux se gelées et ma tante Cécile a eu une onglée terrible aux pieds. Moi, j’ai souffert de la gorge! Je n’arrivai pas à déglutir, et il m’était impossible de boire de l’eau… seul le thé m’a fait beaucoup de bien.

En y repensant, la marche dans la nuit a été magnifique. Quel calme… le ciel était d’une couleur pure, sans pollution ni déchets lumineux. La lune reflétait ses couleurs à travers les quelques nuages présents dans le ciel contre les immenses sommets blancs du massif de l’Himalaya. Et que dire des étoiles, scintillantes et brillantes par milliers à travers la nuit… un instant rare et magique. A un moment, nous avons aperçu loin au-dessus de nous des frontales, en montant sur notre gauche. Mayla m’a expliqué qu’une expédition polonaise tentait en ce début d’hiver l’ascension du sommet du Larkya Peak culminant à 6010m d’altitude; au moment où nous avons vu les frontales, les alpinistes ne devaient plus être loin du sommet puisque ils étaient sur une grande langue glacière à proximité de la crête sommitale.

La dernière partie de l’ascension a été difficile… Nous étions tous très fatigué, et le MAM a frappé violemment Chantal. Heureusement que Annick était la… Je me rappellerai de ce moment ou Chantal pleurait, assise sur une pierre, avec un terrible mal de tête! Avec 2 diamox et des Efferalgan, Chantal a réussi à continuer son chemin jusqu’au Col. Nous avions l’impression d’arriver au Larkyala au sommet de chaque bute, mais c’était une fausse impression. La marche a été longue, très longue… 7 kilomètres 900 pour 666 mètres de dénivelé positif, imaginez-donc… Sur la fin de la montée, le sentier serpentait à travers les pierres enneigées. Je n’en pouvais plus, et je commençais à être vraiment fatigué.

Nous sommes finalement arrivés au Col du Larkya la PASS (altitude 5105 mètres) après 4h30 d’efforts depuis le camp de Dharamasala. Le spectacle est époustouflant, entre les sentiers enneigés, les milliers de drapeaux de prières tibétains et les  grands sommets blancs de l’Himalaya en arrière-plan.

Le vent soufflait fort, nous ne sommes donc pas éternisés au Col. Et puisque Chantal était vraiment mal en point, nous avons basculé très rapidement dans la descente. Dans ces moments-là, le plus important et le seul remède est de descendre pour perdre en altitude et regagner en oxygène. Nous avons pris plusieurs photos, nous nous sommes toutes et tous serrés dans les bras, nous avons profité de ce moment inoubliable.

Une fois le col du Larkyala Pass atteint, nous avons longé la crête sommitale avant de basculer dans un immense pierrier. Notre long chemin de retour avait commencé. Je me suis retourné plusieurs fois pour regarder encore et encore le col du Larkyala PASS… quel lieu fantastique. Des mois de préparation, des heures à penser à ce Col pour finalement passer moins de 10 minutes à cet endroit… le dur monde de la montagne. J’avais déjà ressenti cette sensation au sommet du Kilimandjaro, au sommet de l’Aconcagua, du Mont Blanc et de la Grande Casse. Ce sentiment que le temps passé à un sommet est bien bien trop court par rapport aux sacrifices engendrés durant les derniers mois de la préparation. C’est ce qui rend la montagne aussi belle et enivrante.

Malgré la fatigue nous avons fait notre descente avec sérieux et concentration. Nous avons longé pendant près de 3 heures une grande et longue vallée très rocailleuse. Nous avons fait plusieurs pauses et nous avons même mangé une soupe dans un petit camp situé vers 4400m d’altitude. Nous sommes arrivés 4h30 plus tard au camp de BIMTANG sous des petits flocons de neige, dans une ambiance très hivernale. Nous avons rapidement récupéré nos lodges, la récupération pouvait commencer. J’ai même réussi à prendre une douche… douche glaciale, mais cela m’a fait le plus grand bien. J’ai eu du mal à me réchauffer et j’ai claqué des dents pendant près de 45 minutes😁 

Vers 15h30, allongé dans mon duvet, j’ai vu qu’il neigeait fort dehors! Bravo Mayla, ta décision de passer le col un jour plus tôt a été juste et très efficace. Je n’aimerai pas à cet instant être au camp de Dharamsala, de l’autre côté du Col, dans le stress, dans le froid et sous la neige. Mon mal de tête, très très fort après le passage du Col est en train de dissiper doucement… ma gorge va mieux grâce aux nombreux bonbons que j’ai avalé depuis 2 heures.

Vers 17h00, à la recherche d’une borne WIFI, je me suis baladé quelques minutes dans le camp de BIMTANG. Ce camp est situé sur un gigantesque plateau à 3700m d’altitude. A gauche, à droite, devant et derrière, des montagnes! Le décor est incroyable… L’ambiance y est tout de même assez hostile. Pas de maisons, pas de fleurs et de camps, seulement des lodges et des hôtels. Le soleil a disparu du plateau vers 14h00… Les dizaines de mules qui dorment sur le plateau ce soir, avant de descendre dans la vallée demain matin, vont avoir froid cette nuit; moi, j’ai finalement trouvé de la WIFI dans une lodge voisine à la nôtre. J’ai pu ainsi mettre un petit mot sur Facebook pour annoncer la bonne nouvelle à tout le monde.  

Ce soir en regardant la carte de ma mère et le calendrier de notre voyage, je me rends compte que nous avons déjà fait une très grande partie de notre trek. J’en suis presque nostalgique… il va falloir profiter de chaque moment au maximum, tout en se reposant. Le plus dur est passé, nous avons toutes et tous passés le Col, l’objectif est plus que réussi! Nous allons pouvoir faire couler la bière 😁. La suite de notre tour du Manaslu sera toute aussi belle, demain nous retrouverons le soleil, la chaleur et la basse altitude. Après 4 jours passés en haute-altitude, il est temps de descendre. Quel bonheur…