C’est un événement qui va susciter un grand débat dans l’univers de la montagne. Un événement qui pourrait déboucher sur un sujet philo du Baccalauréat en juin 2019 prochain. Ce samedi 11 août 2018 en Haute-Savoie, et plus précisément sur le sommet du Mont Blanc (alt 4810m), les gendarmes du PGHM (le peloton de gendarmerie de haute montagne) de Chamonix ont bloqué des alpinistes Lettons qui avaient pour projet de hisser un mât de plus de 10 mètres de haut sur le plus haut sommet d’Europe. Et au sommet du mât, les lettons avaient installé le drapeau de leur pays, celui de la Lettonie.

Le Maire de Saint-Gervais, Monsieur Jean-Marc Peillex, a donc demandé samedi en début d’après-midi aux forces de l’ordre d’intervenir, et de bloquer les alpinistes, ainsi que de saisir le mât gigantesque. Sur twitter, l’élu s’explique: “une entreprise d’inconscients de + Des représentants de la Lettonie voulaient monter un mât de 10 m au sommet du Mont-Blanc pour dresser leur drapeau . Face au risque de leur expédition j’ai demandé au PGHM d’intervenir et de saisir leur matériel”. Il est en effet évident qu’une telle action représentait un risque d’accidents énorme… Imaginez-vous… des alpinistes, au milieu de crevasses, sous des séracs, dans des passages techniques, sur l’arrête sommitale, avec un mât de 10 mètres dans le dos…

Jean-Marc Peillex continue donc son combat face aux “imprudents du Mont Blanc“. Le Maire dénonce depuis plusieurs années les comportements imprudents de nombre d’alpinistes, qui se lancent dans l’ascension du Mont Blanc sans connaissances particulières de la montagne, sous une météo dangereuse, ou encore en baskets de Trail… Les chiffres lui donnent malheureusement raison: les accidents mortels sont de plus en plus nombreux sur les pentes du Mont Blanc. Il est donc primordial de refroidir les ardeurs de certains randonneurs, qui ne voient pas les risques et les dangers d’une telle ascension. Le Mont Blanc est un sommet de très haute-altitude, truffés de pièges et de dangers.

Rapidement, dès dimanche dans la journée, les partisans des alpinistes Lettons ont répondu au Maire de Chamonix sur Twitter: “ces propos sont mal informés : il s’agit d’une expédition avec des alpinistes lettons expérimentés, préparée depuis mai et avec la bénédiction de l’ex-présidente de Lettonie, pour le 100eme anniversaire de l’indépendance et avec un projet Guiness book“. Jean-Marc Peillex a bien évidemment réagi à ce tweet, et depuis ce moment, le débat s’anime sur le réseau social Twitter.

Alors que certains félicitent le Maire de Saint-Gervais pour sa décision, d’autres, ironiques ou non, affirment qu’il aurait fallu “les laisser monter là-haut, et il se serait passé ce qui devait se passer“. Les alpinistes lettons auraient laissé en quelque sorte au “Mont Blanc” le choix terrible de la vie, ou de la mort. Face à ce choix, Jean Marc Peillex a tranché lui-même: la vie avant le rêve, la vie avant la liberté.

Cet événement va donc relancer le débat suivant: est-ce que le Maire d’une commune/les forces de l’ordre peut/peuvent interdire l’accès à une montagne, une montagne qui est justement depuis toujours, le symbole même et l’exemple parfait de la liberté? Je n’ai pas de réponses à cette question épineuse… Je pense et je veux que la montagne dans sa globalité reste un espace de liberté, de rêve et d’accomplissement. Rêver, c’est être libre. C’est de cette manière que je vois les différentes montagnes du monde. De l’Amérique du Sud au Kilimandjaro en passant par le Népal et l’Himalaya. En montagne, j’ai ce sentiment prenant et exaltant d’être vivant, d’être libre, d’aller là où mes yeux se posent, et là où j’ai envie. De faire ce que je veux, quand je veux, où je veux. Ce sentiment, cet amour, je ne le ressens qu’en montagne.

Sur le sommet de l’Aconcagua en 2013, à plus de 6500 mètres d’altitude, j’aurai été prêt à mourir pour mon rêve. Mon rêve de sommet, mon rêve de Cimes. Les risques que j’ai pris ont été immenses. Si quelqu’un s’était mis en travers de mon chemin, je ne l’aurais pas laissé faire. J’aurai continué ma route. Ce sentiment, cet amour, cette excitation, je ne le ressens qu’en montagne. Nul part ailleurs. Hier, aujourd’hui et demain, ce sont mes projets, mes ambitions, mes rêves de sommets de montagne qui me font vivre. Qui me font sourire. C’est pour eux que je continue. Que je continue, même avec cette putin de maladie. Malade ou non, je continuerai de réaliser mes rêves! 

Ce sentiment, cette extase, ce rêve, les alpinistes Lettons en avaient un: planter leur drapeau de 10 mètres en haut du point culminant d’Europe. Pour l’image de leur pays, pour leur sentiment de patriotisme, pour leur fierté; Jean-Marc Peillex, lui aussi, a un rêve: que sa montagne adorée, son Mont Blanc, ne soit plus un “sommet tueur”… Son devoir est de veiller à ce rêve. La noirceur de la mort laisse derrière elle une souffrance terrible, inhumaine, à chaque drame et à chaque accident.

Malheureusement, et nous le savons toutes et tous, la montagne est dangereuse. Impitoyable. Ueli Steck, Tancrède Mellet et Karine Ruby le savaient. Leurs rêves, leurs ambitions, leurs projets ont été brisés par la terrible loi de la montagne. Ils sont morts en rêvant, en espérant, et en étant libres.  J’aime me dire dans ces moment-là que certains “rêves” doivent rester dans le domaine de l’inaccessible. Dans l’univers magnifique et somptueux de  l’imagination. Du rêve. Il faut rester modeste et petit devant tant de grandeur, et devant une telle force.