Émerveillé par l’ascension du Mont Blanc, et rêvant désormais de cimes plus hautes, je décide quelques semaines plus tard de me lancer dans un nouveau projet : l’ascension du Kilimandjaro Uhuru Peak, plus haut volcan du monde, en Tanzanie, et point culminant du continent Africain, à 5895 mètres. J’ai la chance pour ce sommet de m’associer avec une amie Française, qui rêve elle aussi de réussir cette ascension.

Fin août, nous réservons nos billets d’avions. L’aventure peut commencer. Nous réservons quelques semaines plus tard un guide et des porteurs, pour nous aider à gravir ce sommet : 5 à 6 jours de montée sont prévus, et 1 à 2 jours de descente. Nous utiliserons la voie “Machame” pour rejoindre le sommet du Kibo. Le grand départ est prévu pour février 2011. Place à l’entrainement, et à une grosse acclimatation : presque à 6000 mètres, ce sommet rentre dans l’univers de la très haute Montagne et dans celui de de la haute altitude… et heureusement pour moi le Kilimandjaro ne présente aucune difficulté techniques (il s’agit uniquement de la marche sur sentier).

Ascension du Kilimandjaro, 5895m, Tanzanie, point culminant du continent Africain. Février 2011

Février 2011: Départ de Genève très tôt le matin pour un premier vol Genève – Londres. Puis direction Nairobi, gigantesque ville de l’Afrique de l’est, capitale du Kenya, après un vol de 6 heures avec la British Airways. Nous passons notre première nuit dans un joli petit hôtel de Nairobi, avant de partir le matin d’après pour la ville d’Arusha en Tanzanie, puis pour celle de Moshi, ville de départ de l’ascension du Kilimandjaro. Le trajet est grandiose : nous traversons à toute vitesse le Kenya, puis la Tanzanie, dans des paysages à couper le souffle. Nous sommes absolument seuls sur la route, notre petit bus roulant à près de 180 kilomètres heures. Nous croisons seulement des “casseurs de pierres” sur le bord de l’immense route reliant le Kenya et la Tanzanie, et quelques bergers. 3 heures environ avant d’arriver à destination, nous apercevons enfin le géant sommet du Kilimandjaro, grandiose et très impressionnant, même à des centaines de kilomètres de sa base. Arrivé à Moshi 6 heures après avoir quitté Nairobi, nous nous installons et passons la nuit dans un très bel hôtel, l’Impala, piscine et superbe repas au programme. Les sacs sont prêts, place à une grande nuit de sommeil pour récupérer du voyage et se préparer au départ du lendemain.

JOUR 1 : après un gros petit déjeuner, notre guide nous récupère le matin à l’hôtel. Il se nomme Mixon.  Nous sommes impatients et très motivés de partir. Direction Machame gate (1 800m) en minibus, lieu et porte d’entrée du parc du Kilimandjaro. La première journée est relativement simple : montée à travers la forêt Tanzanienne jusqu’ au camp de Machame Hut (3000 m), où nous passons notre première nuit. Le paysage est merveilleux, l’ambiance chaleureuse. Nous avons chacun une petite tente, les porteurs et membres de l’expédition sont d’une extrême gentillesse. Nous sommes 11 au total. Une fois dans nos tentes, la nuit tombée, le silence est saisissant, loin de toutes civilisations. Nous sommes au calme ! Quelle émotion d’être ici… après des mois de préparation, des semaines à penser à ce sommet, j’y suis enfin! En Tanzanie, sur les pentes du Kilimandjaro, face à mon rêve. Les neiges éternelles m’attendent 😉 ! 

JOUR 2 : jour de transit, départ de Machame hut après un petit déjeuner copieux ! Première nuit très moyenne, je n’ai pas beaucoup dormi dans ma petite tente. Je n’ai pas eu froid mais l’excitation est présente! C’est la première fois que je pars en expédition, je suis donc tout ému. Aujourd’hui, le programme est le suivant: montée en crête à travers séneçons et steppes, nous quittons la végétation pour de la roche et de la pierre. Nous nous rapprochons doucement du Kilimandjaro. Bivouac à Shira Camp (3 800 m), avec un coucher de soleil incroyable sur la Tanzanie. Nous sommes toujours très en forme, et bien acclimatés. Deuxième nuit. Il fait froid (-5 degré), et beaucoup d’humidité dans nos tentes. Cette nuit, dès que je me suis tourné dans mon duvet, je faisais trembler les murs de la tente et je recevais de l’eau sur mon visage… galère. 

JOUR 3 : montée progressive jusqu’à  4 500 m d’altitude, avant d’attaquer le col de la Lava Tower, à 4600 mètres. La Lava Tower est une immense tour de lave orangée, lieu de passage nécessaire pour une bonne acclimatation. Pas de mal de tête ou de difficulté à respirer, les voyants sont aux verts.  Le paysage est tellement exceptionnel… Nous entamons après une pause repas à 4500m d’altitude  la descente dans un grand canyon, pour rejoindre le camp de Barranco Hut, plongé dans le brouillard et dans le vent (3 960 m). L’après-midi, nous enchaînons les siestes et les pauses thés et tisanes, comme depuis 3 jours désormais. Le brouillard à l’heure du goûter est toujours aussi épais. Le climat est hostile. Mais pas pour longtemps, en fin de journée le soleil fait son apparition pour nous faire découvrir un paysage merveilleux, digne du roi lion.

Je passe une nuit très difficile. Le stress monte, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Mon cœur bat très vite, impossible de me calmer. Je me balade donc de nuit dans l’immense camp, entre les tentes, l’émission des grosses têtes de Philippe Bouvard dans mon MP3 pour me changer les idées. Quel bonheur de pouvoir rigoler aux blagues de Bernard Mabille, Philippe Chevalier et Jean-jacques Peroni. Je regarde les étoiles, absolument merveilleux, loin de toute civilisation et de pollution. Je retourne dans ma tente seulement à 2h30 du matin, moins de 3 heures avant le réveil. Je m’installe au chaud dans mon duvet et j’essaye de me concentrer sur ma respiration. Le sommeil ne viendra pas. Il va falloir être fort, très fort

JOUR 4 : nous attaquons aujourd’hui la montée spectaculaire dans la paroi du “Barranco wall”, mur assez technique nécessitant une grande concentration. N’ayant pas fermé l’œil de la nuit, je me concentre au maximum, respirant le plus lentement possible, et mettant un pas devant l’autre avec la plus grande concentration. Je suis impressionné par l’agilité des porteurs, portant d’immenses et lourds sacs, gravissant cet immense mur avec une grande facilité. En forme mais sentant la fatigue arrivée, nous décidons de monter directement  au camp de  “Barafu camp” et de sauter le camp intermédiaire de Barafu Hut, situé à 4200 mètres. Nous décidons de sauter cette étape car nous sommes acclimatés, et nous voulons tenter le sommet rapidement pour ne pas laisser trop de fatigue s’installer. Nous arrivons 2 heures plus tard à “Barafu camp”, camp de base principal du Kilimandjaro, situé à 4600 mètres d’altitude. Le camp est immense, nous sommes très nombreux. D’après ce que j’ai entendu, ce camp est le 4ème camp de base le plus grand du monde après celui de l’Everest, de l’Aconcagua et de l’Annapurna. Nous retrouvons avec joie nos tentes et admirons au loin le magnifique Mont Mawenzi (5100 mètres). A 18H00, prêt à commencer une petite nuit, la neige se met à tomber ! En Afrique ! Un moment inoubliable. La météo est cependant très encourageante, le ciel devrait se dégager rapidement en milieu de soirée. 

Je n’arrive pas à dormir non plus cette nuit. Je tremble d’excitation, et suis impatient de commencer l’ascension finale. Heureusement, mon amie Katrina me parle et arrive à me calmer. Si j’étais seul, je serai déjà partit en direction du sommet. Ce qui aurait été une erreur, bien évidemment! 

JOUR 5 : départ nocturne pour le Kibo, point culminant de la montagne du Kilimanjaro aux alentours de minuit, après un gros déjeuner. Je porte sur moi les vêtements de pisteur de mon père, et me sens invincible. Nous avons 1298 mètres de dénivelé à faire, le plus doucement et prudemment possible. Le vent souffle très fort, je suis épuisé par 2 nuits sans sommeil. Je ferme les yeux et me concentre sur mes pas, un pied devant l’autre, un pied devant l’autre. Nous sommes quelques cordées engagées sur la voie, j’aperçois plusieurs frontales au-dessus et au-dessus de nous. Le rythme est lent, nous prenons un maximum de précautions pour ne pas souffrir de l’altitude. Nous arrivons après 4 heures de marche dans la nuit et dans le froid sur le bord de la lèvre du cratère, à Stella Point (5600 mètres). Les derniers 200 m jusqu’au Uhuru Peak (5 895 m) sont plus faciles. Je décide d’accélérer fortement 150 mètres sous le sommet pour partir devant, et me retrouver seul au sommet. Je me retourne, personne ne suit ! Direction le point culminant d’Afrique !  Je veux réaliser mon rêve… 

Quelques minutes plus tard, me voici seul au sommet du Kilimandjaro, 5895 mètres, point culminant d’Afrique. Il fait encore nuit mais le soleil se lève à l’horizon. Quel spectacle fabuleux! L’émotion est immense d’être seul au sommet du toit de l’Afrique. J’ai bien fait d’accélérer et de doubler les autres cordées. Je tenais vraiment à arriver seul et le premier au sommet du Kibo! Le guide adjoint arrive à son tour quelques minutes plus tard, puis le guide et Katrina, mon amie Française. Nous nous serrons dans les bras, heureux et très fiers d’avoir réussi ce sommet ensemble. Les larmes coulent sur mes joues. Le soleil se lève, laissant découvrir des paysages à couper le souffle : d’immenses parois de glace, de 100 à 200 mètres de hauts, contournent le sommet. Il fait froid et le vent se lève, nous nous ravitaillons et prenons quelques photos avant de commencer, épuisés, une interminable descente. Il fait jour, et je peux désormais admirer complètement la calotte glacière du Kili. Quelle tristesse de se dire que d’ici l’an 2040, la neige devrait avoir complètement disparue! 

Nous rejoignons le Barafu camp où nous nous ravitaillons et prenons quelques heures de repos, avant de continuer la descente jusqu’au camp de Mweka hut (3 725 m). En arrivant au camp de base, les porteurs nous attendent en arc de cercle et nous applaudissent. Ma gorge est nouée… merci à eux car sans leurs aides, nous n’en serons pas là. En arrivant à Mweka Hut, je m’effondre. Je suis très fatigué, la journée à été longue et je commence à souffrir terriblement de mes 48 heures sans sommeil ! Je me couche à 18h00 dans ma petite tente, des images et des souvenirs pleins le cœur, pour me réveiller seulement le lendemain à 7h00. Quelle nuit! 

JOUR 6 : après un gros petit déjeuner et quelques étirements, nous commençons la descente à travers la forêt jusqu’à Mweka, une des autres portes d’entrée du parc du kili. Nous récupérons avec grand bonheur nos diplômes de réussite du sommet ! Nous retournons à Moshi en 4×4, disons au revoir à notre guide et aux porteurs, merveilleux tout au long de l’aventure, pour passer enfin une nuit très confortable dans notre bel hôtel. Après avoir dégusté un délicieux repas et bu une grande bière, bien évidemment ! Je ne parle même pas de la douche, qui a été délicieuse après 1 semaine sans soins. Au fond de mon lit ce soir, je repense à ces 6 derniers jours. Que de souvenirs… J’en ai la gorge nouée. Je suis triste car l’aventure que j’ai préparé pendant des mois vient de se dérouler et de se terminer, à une vitesse incroyable! J’ai ce sentiment pénible de ne pas en avoir profité assez. Mais une chose est sure: je viens de tomber fou amoureux des voyages, des expéditions et de la haute-montagne. 

JOUR 7 et plus: les jours suivants, nous avons profité du pays et de ses immenses plaines. Les repas se sont enchaînés pour mon plus grand bonheur, moi qui ait cruellement manqué de nourriture pendant les 6 jours en montagne. Nous avons visiter le magnifique “Lake Manyara”, puis le célèbre cratère du Ngorongoro, 7ème merveille naturelle du monde, regroupant quelques-unes des plus belles espèces d’animaux. Là aussi, émotion garantie et souvenirs éternels. Le safari du Ngorongoro est époustouflant. Il mesure 22.5 kilomètres de diamètre pour une superficie totale de 326 km2. 

Après 11 passés en Tanzanie, retour sur Nairobi pour un vol vers Londres, puis direction Genève. Il est temps de rentrer à la maison, je suis impatient de montrer mes photos à mes parents et raconter mon voyage. 

Je reviens de cette aventure et de ce sommet avec 4 kilos en moins, des centaines de photos, des souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire, mais heureux comme jamais. Je viens de réaliser un nouveau rêve. Et ce ne sera pas le dernier. L’aventure continue, à 20 ans seulement…