Revenu mi février très en forme de l’Ascension de l’Aconcagua en Argentine, je suis tombé rapidement dans le surentraînement en course à pied. J’étais très en forme grâce aux effets de l’altitude (3 semaines entre 4500m et 6900m d’altitude, ça en fait des globules 😉 ) avant de décrocher physiquement. Il n’était pas rare, pendant le mois de mars, de m’entraîner 8 à 9 fois par semaines, enchaînant de grosses séances de fractionné, les unes après les autres, sans repos et sans footing… Je me sentais très fort et très puissant lors de mes entraînements. Malheureusement, je n’ai pas pris le temps de me reposer, et surtout de faire souffler mon organisme à mon retour d’argentine. Une grande fatigue s’est installé peu à peu pendant le printemps, conjugué à une grosse allergie au pollen que je n’ai pas réussi à maîtriser correctement malgré mon traitement. Saison blanche donc,sans aucune compétition. Une période difficile à vivre carj’avais de gros objectifs et j’étais très motivé pour réussir de belles places et des gros chrono en compétitions sur piste. Il devenait donc urgent, dans ces moments difficile à vivre, de se projeter dans le futur et de réfléchir à de nouvelles aventures. Et rien de mieux pour se changer les idées que de se lancer dans un nouveau sommet ! J’ai donc décidé de m’attaquer au Teide, point culminant d’Espagne, se situant aux îles Canaries pendant mes vacances du mois d’août. Sommet culminant à 3718 mètres, d’une grande facilité technique, idéal pour reprendre de la confiance en soi et s’amuser. Je profiterai également de ce voyage pour reprendre tranquillement et doucement la course à pieds pour préparer la saison 2013-2014, mais aussi pour profiter du cadre de vie magique que les Canaries propose et visiter une île que je rêve de découvrir depuis longtemps.

Départ de l’aéroport de Genève vers midi, pour une escale à Madrid. Puis enfin un vol vers Santa Cruz de Tenerife, capitale de Tenerife, la principale et plus grande île des îles Canaries, à l’ouest des cotes Africaines, en plein milieu de l’Océan Atlantique. Pour mon plus grand bonheur, j’ai enregistré mon billet 24 heures à l’avance, j’ai donc réservé un siège coté hublot, m’offrant pendant tout le voyage des paysages somptueux, loin au dessus de la mer méditerranée, puis de l’océan Atlantique. L’arrivée en avion sur Tenerife offre une vue somptueuse sur l’ île. Des paysages très impressionnants ! Malgré sa taille petite, l’île est partagée entre bord de mer et hauts sommets de plus de 3000m… Je passe ma première nuit de vacances dans le bel hôtel Pelinor, en plein cœur de santa Cruz de Tenerife : une superbe ville en bord de mer.

Je retrouve avec plaisir l’ambiance de l’Espagne et le mode de vie Espagnol, que j’ai découvert en Argentine en février dernier. Les rues s’animent vers 20h00 et la ville se réveille vraiment vers 21h00. Les gens sont dehors, sur les terrasses, font du sport: un vrai bonheur. Emporté par l’ambiance, je décide de faire un petit footing le long de la ville et des plages pour découvrir les environs et me décrasser du voyage. Magique! Je m’installe, en fin de soirée, dans un petit bar très charmant, à proximité du bord de mer. Une bière, un hamburger et au dodo : demain sera une grande journée. L’objectif sera de descendre vers le sud de l’île, de rejoindre le village de Villaflor , dans la commune d’Avila, et de me rapprocher doucement du Teide… et si les conditions le permettent, tenter de réussir le sommet la nuit prochaine. J’ai hâte mais je dois patienter … encore un peu 😉

Le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil, je récupère à quelques mètres de l’hôtel ma voiture de Location : direction le sud de l’ île pour rejoindre Vilaflor, village le plus proche du départ de l’ascension du Teide. Je roule le long de la cote, la mer à ma gauche, les montagnes à ma droite. Magique et enivrant! Je m’arrête de nombreuses fois sur le coté pour prendre des photos et admirer la vue. La route est en très bon état, et peu de circulation. J’arrive rapidement sur San Isidro, puis Granadilla et Vilaflor. La route s’élève… au loin en contre bas, j’aperçois playa de Las Americas, immense cité balnéaire que je veux visiter après le sommet.

Je continue sur la route menant au départ de l’Ascension du Teide pour reconnaître les lieux. Il fait très chaud (37 degré), les paysages sont fantastiques (très rocailleux). J’arrive dans l’immense creux du cratère (le Teide est un volcan encore en activité) et me gare pour admirer le paysage. Je quitte la voiture, me rend sur le chemin de départ en trottinant et après quelques minutes, je décide, comme je l’avais prévu et souhaité, de tenter l’ascension en 1 seul jour, de nuit. Il est possible pour réussir le Teide, de dormir dans le refuge Altavista, et même de monter en téléphérique jusqu’à 300 mètres en dessous du sommet, et de finir la dernière partie à pieds. Je préfère évidemment la manière sportive ! 😉 Il est déjà 17h00, je décide de ne pas prendre d’hôtel et de dormir quelques heures dans ma voiture avant de partir pour le sommet. Je prends rapidement la direction du départ du téléphérique pour acheter des sandwichs comme repas du soir et pour faire le plein en eau avant la nuit.

Les dernières heures de soleil dans le cratère m’offrent un spectacle somptueux. Je parcours deux fois en voiture l’intégralité du trajet du cratère, admirant des paysages magnifiques, la musique dans la voiture, attendant l’aventure de la nuit: le top! Je me sens seul au monde… les nombreuses voitures et les cars de touristes sont redescendu dans le bas de l’ile. Seuls les alpinistes et aventuriers de la nuit sont aux rendez vous. Au fur et à mesure que le soleil se couche, les pierres et les petits sommets voisins prennent une couleur rougeâtre puis orangée. J’installe ma voiture sur un petit parking et fait connaissance d’un photographe, attendant la tombée de la nuit puis les étoiles! D’après lui, la nuit sera claire et les conditions climatiques seront très bonnes… les voyants sont au vert, il ne reste qu’à patienter. Je sors ma frontale et le livre du moment ( La part des ténèbres, de Stephen King) puis descend mon siège de voiture… patience patience 😉 Il fait maintenant nuit noire… je n’aperçois plus personne et je n’ai pas vu de voitures depuis près de 2 heures… Sacré ambiance.

Le milieu de nuit est pénible. Je n’arrive pas à dormir et suis trop excité ! J’essaye de me reposer dans la voiture tant bien que mal. Je regarde ma montre toutes les 10 minutes, et sens que tout doucement le stress monte en moi. Il ne fait pas froid, j’ouvre la fenêtre pour prendre l’air et sentir un léger vent. Après des minutes me paraissant des jours, je prends le chemin du sommet vers 1h00 du matin. Bien habillé car il va faire froid la haut, en attendant le lever de soleil.. Les grosses têtes dans les oreilles, Panda dans le sac dos, je suis le plus heureux du monde ! J’ai choisi de prendre la voix Montana Blanca pour joindre le sommet. Je n’aperçois pas de randonneurs mais de nombreuses voitures au parking de départ. Je serai donc seul à tenter l’ascension en intégralité, sans dormir dans le refuge.
C’est parti :j’avance à l’aide de ma frontale. Le sommet se dresse loin devant moi, je monte doucement et à mon rythme en alternant marche et course à pieds. La première partie de l’ascension est très plate, sans végétations, avant de commencer vraiment la montée, une heure plus tard après mon départ. J’arrive assez rapidement au refuge Altavista, où je me pose quelques minutes pour manger et reprendre des forces. Je ne suis plus très loin du sommet et largement en avance sur mes prévisions, je prends mon temps et ralenti l’allure. Je ne veux pas attendre trop longtemps en haut le lever de soleil, il y aura du vent et il fera froid. Je continue doucement mon chemin et aperçois en contre bas, à coté du refuge, quelques frontales. Je ne serai pas seul au sommet. Je regarde les environs et en dehors du chemin avec ma frontale: le paysage est lunaire, que du cailloux et de la roche. Impressionnant.

3h30 : J’arrive à l’arrivée du téléphérique du teide : les gardes et guides du sommet dorment profondément, je continue mon chemin. Le sommet est à seulement 200 mètres au dessus de moi. Quelques efforts, car le terrain grimpe brutalement, et me voila tout près du sommet. Je sens l’odeur du souffre me monter à la tête, très forte et prenante. Un dernier virage et je suis au sommet du Teide, point culminant d’Espagne et des îles Canaries !

Quel bonheur, après avoir galéré mentalement et physiquement pendant des mois et des semaines ! Je me couvre car il fait froid, et attends le lever du soleil avec impatience. Une doudoune, un bonnet et des gros gants. Je suis parti beaucoup trop tôt et j’ai réussi l’ascension trop rapidement, je vais devoir attendre 1h30 au sommet sans soleil. Je m’assois contre un rocher et à proximité d’une sortie de chaleur pour me réchauffer. Et peu à peu, les randonneurs arrivent, au fil des minutes, pendant qu’ au loin, le soleil se lève doucement, loin au dessus de l’océan Atlantique ! Merveilleux !

Nous sommes 15 aux sommets, à admirer à 6h45 heure locale, le lever du soleil. Un des plus beaux événements que j’ai vu dans ma vie. La vue est merveilleuse, j’aperçois l’île dans son intégralité, et même l’ensemble des iles de l’archipel des Canaries. Les grandes villes,loin en bas, sont encore endormi. Quelques photos avec mon petit panda, qui m’accompagne dans mes sommets à travers le monde depuis le début, et je commence une longue descente ; Je passe le refuge altavista, il commence à faire très chaud. Je n’ai plus d’eau et commence à avoir faim. La fin de descente est pénible, sous une chaleur écrasante ! J’arrive à ma petite voiture épuisé, traverse le cratère et retourne sur Vilaflor. Je prends un hôtel merveilleux, surplombant le sud est de l’île, un copieux repas, une longue douche et m’endors profondément dans un immense et confortable lit, des souvenirs pleins la tête.

Les jours suivants, j’ai visité les différentes villes de L’ile : Los Silos, Puerto de la Cruz et surtout Los Cristianos et Las américas, immenses citées balnéaires, bien loin du calme du sommet. Des jeunes par milliers font la fête sur d’immenses plages. Je cours tous les soirs, à la tomber de le nuit, pour ne pas souffrir de la chaleur, parfois le matin aussi. Mais contrairement à Albertville, je ne suis pas seul à m’entraîner: chaque soirs, nous sommes des centaines de coureurs, de cyclistes, de rollers, à parcourir le bord de mer dans une ambiance géniale. Ceci jusqu’à 11 heures du soir! Je visite, bouquine, me repose et retrouve peu à près la forme ! Je déguste chaque jours les différentes spécialités locales, dans des restaurants superbes. Un régal!

Je retourne sur Tenerife, capitale de l’ile, 2 jours avant mon départ. Je m’installe à nouveau dans l’hôtel pelinor et continue de visiter ce que je n’avais pas eu le temps de découvrir. Puis, direction l’aéroport pour mon retour en France. Ces derniers mois auront été très difficiles physiquement et mentalement. Une sale période à vivre, dont je ressors renforcé et avec un merveilleux sommet réussi! Mais je suis plus motivé que jamais pour revenir et continuer à réaliser mes rêves et objectifs ! Je vais surement mettre du temps, mais je vais revenir, encore plus fort. Faites moi confiance 😉

Fiche technique du Sommet réussi:


Teide, ou pic de Teide: Situé sur l’ile de Tenerife, point culminant de l’archipel des Iles Canaries et point culminant d’Espagne, culminant à 3718 mètres d’altitude. C’est un volcan, le troisième plus grand du monde depuis sa base. Il fait partie des Volcans de la décennie. Dernière éruption du 18 au 27 novembre 1909.
Première ascension par Edmund Scory au début du xviie siècle.

Coordonnées: 28° 16′ 20″ N 16° 38′ 33″ O28° 16′ 20″ Nord 16° 38′ 33″ Ouest