Le 02 et 03 septembre 2020, nous avons fait en famille une très belle randonnée glaciaire/course d’alpinisme, dans les Alpes Valaisannes (Suisse & Italie)! Avec mon ami Jessy guide de haute-montagne, mes parents et mon frère, nous avons fait en 2 jours l’ascension de la Pointe Zumstein (alt 4563m) et de la Pointe Gnifetti (alt 4554m), depuis le refuge Gnifetti, et plus précisément depuis la station de Staffal/Gressoney-La-Trinité. Nous nous sommes régalés et nous en avons pris pleins les yeux car le paysage là-haut est incroyable ! Je suis très heureux d’avoir fait cette superbe course glaciaire… Récit et photos ci-dessous…

Sortie glaciaire à la Pointe Zumstein (alt 4563m) et à la Pointe Gnifetti (alt 4554m) depuis Staffal (Alpes Valaisannes)

Récit de randonnée… 

JOUR 1, MERCREDI 02/09/20: direction, l’Italie et les Alpes Valaisannes ! Pour mes 30 ans, mes parents m’ont offert en cadeau un séjour « randonnée glaciaire » de 2 jours dans le massif du Mont Rose ! Je suis très heureux, car je ne connais pas du tout cette partie de la chaîne des Alpes, qui est apparemment merveilleuse ! Direction donc, un matin du mois de septembre 2020, la station de Staffal pour le début de notre aventure. Nous serons et sommes 5: mes parents, mon frère, Jessy un très bon copain qui est également guide de haute-montagne, et moi même. Nous débutons depuis notre Savoie natale un long trajet vers l’Italie et le Mont Rose.

Nous passons le Col du Petit Saint-Bernard (superbe vue à la descente sur la dent du Géant, le Mont Blanc, les Grandes Jorasses), puis le village de la Thuile, avant de rentrer sur une autoroute Italienne. 3h00 environ après avoir quitté Albertville, nous rentrons dans la grande et immense vallée du Lys/Gressoney, jusqu’à son terminus, la station de ski de Staffal/Tschaval, culminant à 1825 mètres d’altitude. Enfin, la randonnée va pouvoir débuter ! Tant mieux, car je commençais à avoir très mal aux jambes en étant assis dans la voiture. Vers 12h00, nous commençons à faire nos sac à dos et à faire une vérif matériels, avant de débuter la montée en altitude ! La vue à Staffal est superbe même si les hauts sommets de la vallée sont encore dans les nuages ! Le parking de la station est presque plein, il y a donc du monde et des alpinistes en montagne en ce début septembre ! J’aperçois Tamara Lunger au loin, avec son très beau bus…

Pour quelques jours encore (et heureusement), les remontées mécaniques de Staffal sont ouvertes. Nous en profitons logiquement. Nous prenons un premier télécabine (celui de Stafal-Gabiet), puis un deuxième (celui de Gabiet-Passo Dei Salati). La montée en altitude se poursuit, le tout dans un environnement magique. Le paysage est sublime… Rapidement, et je m’en aperçois sur mon altimètre, nous prenons de la hauteur. Vers 14h30, nous rentrons dans le téléphérique de la Punta Indren, dernier tronçon vers notre destination finale. 15 minutes plus tard, dans le brouillard, nous arrivons sur le glacier d’Indren (alt 3275m). Le changement de décor est impressionnant ! Nous sommes dans le brouillard, sous une légère neige, et il ne fait pas chaud. Rapidement, nous chaussons nos crampons et débutons une courte montée, vers le refuge Gnifetti, où nous allons passer la nuit.

Nous prenons un petit sentier recouvert de neige, avant d’escalader une belle arrête, non technique mais aérienne tout de même, équipée de grandes cordes de bateaux, pour aider les alpinistes/randonneurs. Jessy ouvre la marche, ma mère est en deuxième, puis moi, mon frère, mon père fermant lui la cordée 😉 Nous poursuivons notre ascension à bon rythme, le refuge se rapprochant. Après quelques barreaux de Via Ferrata passés, et quelques passages très sympathiques et aériens, nous reprenons le glacier di Indren, avec le refuge Mantova sur notre gauche en montant. Nous arrivons au pied de la cabane Giovanni Gnifetti un instant plus tard, escaladons les barreaux pour arriver au refuge (passage impressionnant et aérien) et arrivons sur la terrasse du refuge (alt 3647m), après 1h36 minutes de montée depuis le télécabine de Punta Indren. La première journée de marche se termine, avec un petit dénivelé + de 333m. Nous ne sommes pas fatigués, nous n’en n’avons pas bavé, nous n’avons pas mal à la tête, bref tous les voyants sont aux verts !

Rapidement, nous récupérons notre petite chambre de 6 lits, avant de débuter la routine d’une vie en refuge: visite des lieux, étirements, hydratation, repos, pause thé et tisane, préparation des affaires pour le lendemain… Nous montons nous balader sur le toit du refuge pour profiter d’une vue magique et incroyable ! La pyramide Vincent (alt 4215m) est au-dessus de nous sur notre droite, et nous apercevons l’arrête sommitale du Lyskamm (alt 4527m). Quel panorama magique. Le beau temps se profile à l’horizon et les nuages disparaissent progressivement, la météo ne s’est pas trompée. Et demain, il devrait faire grand beau.

Le refuge Gnifetti est vraiment beau. On dirait un hôtel ! Un exemple à prendre en rapport à nos refuges minables en France… Propriété du club alpin Italien, tout en bois, composé de 176 lits en été et 12 en hiver, la cabane Gnifetti est un grand et célèbre refuge du massif du Mont Rose. Inauguré en 1876 mais véritablement construit en 1967, la cabane Gnifetti accueille chaque année des centaines d’alpinistes, à l’assaut des sommets du Mont Rose. Pour la petite histoire (j’adore ces anecdotes), le refuge Gnifetti porte son nom d’un Curé de la vallée, Monsieur Giovanni Gnifetti, qui est l’auteur de la première ascension de la Pointe Gnifetti en 1842 !

Vers 19h00, après plusieurs chocolats chauds et plusieurs moments pipi, nous rejoignons la grande salle commune pour prendre le repas du soir. La salle est pleine de monde, l’ambiance est excellente et très chaleureuse. Nous mangeons un très bon plat (pierrade, vins, bières), incroyable à 3647 mètres d’altitude. Vers 20h30, l’heure du dodo arrive, alors que les nuages enveloppent à nouveau le refuge Gnifetti ! La nuit va être courte, le réveil est programmé à 4h15 demain matin. Direction la salle de bains, les toilettes, puis mon drap de sac en thermolite… J’ai hâte d’être demain, moi qui n’aime pas du tout dormir en refuge. Vers 23h25, alors que le sommeil n’arrive pas, et que je me balade dans le refuge entre les toilettes et la chambre, je regarde à travers la fenêtre: les étoiles brillent par milliers et la lune scintille fort dans le ciel… 

JOUR 2, JEUDI 03/09/20: comme prévu, la nuit a été courte au refuge Gnifetti ! Je n’ai pas souffert du célèbre MAM (même si j’ai eu quelques pincements à la tête), mais j’ai très peu dormi, surement à cause de l’excitation du lendemain (lors d’une randonnée, je dors toujours mal la veille). J’ai régulièrement surveillé mon oxymètre de pouls et je suis content que mon taux d’oxygène dans le sang n’ai presque pas baissé. Je l’ai surveillé plusieurs fois dans la nuit et je ne suis pas passé en dessous des 90%! En me levant au réveil, j’ai pourtant un léger étourdissement !  Il faut dire qu’à 3700 mètres d’altitude, le « cœur tape dans les oreilles »! C’est donc très fatigué que je me lève, mais bien content de partir en montagne et de continuer l’aventure. Ce matin, la fatigue et la tension ont remplacé l’enthousiasme et la chaleur d’hier soir. Les alpinistes que je croise sont stressés, tendus, comme chaque jour de départ en rando. Après un rapide petit déjeuner, nous nous équipons tous les 5, chaussons nos crampons, quittons le refuge Gnifetti par les échelles et rentrons enfin sur le glacier. À noter que le passage des échelles, dans la nuit, est « assez angoissant » ! Mais au moins, cela permet de bien se réveiller. Sur la glacier, il fait encore nuit noire, mais la pleine lune rend l’ambiance géniale. Des dizaines de petites frontales s’agitent déjà haut sur le glacier, alors que d’autres en contre-bas, quittent le refuge Mantova… 

Nous entamons donc, une longue remontée sur glacier, en direction du Col du Lys. Nous montons à un rythme très tranquille pour ne pas se mettre dans le rouge et car les difficultés ne font que commencer. Nous marchons en file indienne, doublant et se faisant doubler par un nombre important de cordées. Le vent souffle fort, et je souffre vraiment des yeux, galère. Alors que le soleil ne s’est pas encore levé, je mets déjà mes lunettes Julbo RUN CAT 4 pour me protéger du vent. Vers 6h25, l’aube pointe le bout de son nez, et les couleurs sont splendides. Le panorama s’ouvre sur le Grand Paradis et le Mont Blanc, royal !

La montée vers le Col du Lys n’est pas évidente physiquement. Je suis fatigué et le froid m’envahit les mains et les pieds. La pente n’est pas raide mais je suis fatigué. Il faut vraiment que j’arrive à me calmer psychologiquement lorsque je suis en refuge… Je suis tellement excité par le lendemain que je n’en dors pas, et je le paye cher quelques heures plus tard. Heureusement, nous faisons quelques pauses pour nous ravitailler, alors que le jour se lève définitivement, avec un lever de soleil incroyable sur les Alpes Valaisannes. Bonne nouvelle: le lever du jour parait faire faiblir le vent…

Vers ALT 4152m, nous arrivons au merveilleux Col du Lys. Ce Col marque la frontière géographique entre la vallée du Lys (Vallée d’Aoste) et la vallée de Zermatt (Valais), donc entre la Suisse et l’Italie. Le soleil tape fort et le panorama à 360° est splendide. Le vent continue de se calmer… Devant nous, nous apercevons la Pointe Dufour, la Pointe Zumstein et la Pointe Gnifetti (et son refuge que l’on voit de loin). La vue est incroyable sur la face Annapurnienne du Lyskamm (alt 4527m), la Dent D’Hérens et le Cervin, que je vois pour la première fois de ma vie. Ses faces sont tellement belles ! Pensée sincère à Kilian Jornet et à Ueli Steck ! Après une petite pause thé, la route doit reprendre. Les cordées se dispersent enfin… Nous, nous perdons quelques mètres de dénivelé après le Col du Lys avant de commencer une dernière et longue montée vers le pied de la Zumsteinspitze. Les objectifs du jour se rapprochent, enfin !

Au pied de la Zumsteinspitze, ma mère, très courageuse depuis le refuge Gnifetti, décide de s’arrêter là. Il faut dire que la crête finale vers la Zumstein est aérienne et assez raide, et qu’il reste après le Zumstein, une autre montée, vers la Pointe Gnifetti. Nous continuons donc tous les 4, Jessy ouvrant le chemin et mon père fermant la cordée. La crête est impressionnante, moi qui ne suis pas habitué à l’alpinisme. Sur la droite de la crête sommitale, nous faisons connaissance avec le couloir Marinelli, très célèbre et très impressionnant, avec ses 1800m de pente sèche. Jamais je n’oserai me balancer à ski la dedans ! Prudent et attentif à chaque pas, nous débouchons enfin au sommet de la Zumsteinspitze, à 4563 mètres d’altitude. QUEL BONHEUR ! La Pointe Dufour (alt 4634m), point culminant de la Suisse, est toute proche de nous.

Il fait bon au sommet, nous en profitons pour faire plusieurs photos et vidéos. Deux alpinistes nous rejoignent mais cela n’est pas un problème, il y a de la place pour plusieurs… 10 minutes plus tard, nous basculons avec prudence et attention dans la descente pour retrouver ma mère. À nouveau tous les 5, nous traversons un petit Col pour débuter la montée finale vers la Pointe Gnifetti, sous un vent terrible, pointe et sommet que nous atteignons 45 minutes après avoir quitté le Zumstein ! Nous sommes à 4554 mètres d’altitude, et venons de réussir un deuxième « 4000 » en moins d’une heure, trop bien ! Comme Loretan et les 8000, nous avalons les 4000 comme des cacahuètes (rires, évidemment !).

Au sommet de la Pointe Gnifetti, nous rentrons dans la cabane Reine-Marguerite, refuge le plus haut d’Europe, pour nous abriter du vent. Nous faisons une bonne pause et mangeons même une Pizza (dingue, à plus de 4500 mètres d’altitude) ! L’ambiance est géniale dans le refuge, dormir ici, cela doit être quelque chose ! J’ai déjà dormi plus haut (à 5250 mètres sur l’Aconcagua en 2013), mais dormir à 4500 mètres d’altitude dans les Alpes doit être une expérience géniale… Je n’imagine même pas dormir ici un soir de tempête, lorsque les murs doivent tremblés à cause du vent… Et que dire du déneigement du refuge, qui doit être monstrueux, après une chute de neige !

Après 45 minutes de pause dans la cabane Reine-Marguerite, il est temps de débuter la descente… qui sera longue, très longue. J’ai fait une crise de polyarthrite vers 3900 mètres (à cause de la fatigue et des crampons), qui m’a fait vraiment mal aux genoux et aux pieds. J’ai souffert comme rarement. Très fatigué à Punta Indren, je pense au trajet Staffal-Grésy sur Isère, qui va être éreintant. Quoi qu’il arrive, j’ai passé un merveilleux moment au Mont Rose, alors milles mercis Papa, Maman, Bapt et Jessy !

J’ai découvert un massif splendide, qui est une véritable mine d’or pour les collectionneurs de sommets comme je le suis. Au départ du Col du Lys, il est possible de faire « assez facilement » une petite dizaine de sommets de + de 4000 mètres, ce qui est unique en Europe. Je reviendrai donc, c’est une certitude. Je rêve d’allonger ma « liste des 4000 » ! J’en suis désormais à 5, avec le Mont Blanc, le Grand Paradis, le Dôme des Ecrins et donc les deux sommets d’aujourd’hui. Je n’aurai jamais le niveau technique pour grimper le Lyskamm qui m’a subjugué de beauté, mais la Pyramide Vincent et la Pointe Parrot me font rêver…