Emerveillé par l’ascension du Mont Blanc, et rêvant désormais de cimes plus hautes, je décide quelques semaines plus tard de me lancer dans un nouveau projet : l’ascension du Kilimandjaro Uhuru Peak, plus haut volcan du monde, en Tanzanie, et point culminant du continent Africain, à 5895 mètres. J’ai la chance pour ce sommet de m’associer avec une amie Française, qui rêve elle aussi de réussir cette ascension. Fin aout, nous réservons nos billets d’avions. L’aventure peut commencer. Nous réservons quelques semaines plus tard un guide et des porteurs, pour nous aider à gravir ce sommet : 5 à 6 jours de montée sont prévus, et 1 à 2 jours de descente. Nous utiliserons la voie machame. Le grand départ est prévu pour février. Place à l’entrainement, et à une grosse acclimatation : presque à 6000 mètres, ce sommet rentre dans la très haute Montagne et dans de la haute altitude.

Février : Départ de Genève très tôt le matin pour Londres. Puis direction Nairobi, gigantesque ville de l’Afrique de l’est, capitale du Kenya, après un vol de 6 heures. Nous passons notre première nuit dans un joli petit hôtel, avant de partir le matin d’après pour Arusha en Tanzanie, puis pour Moshi, ville de départ de l’ascension du Kilimandjaro. Le trajet est grandiose : nous traversons à toute vitesse le Kenya, puis la Tanzanie, dans des paysages à couper le souffle. Nous sommes absolument seuls sur la route, notre petit bus roulant à près de 180 kilomètres heures. Et 3 heures avant d’arriver à destination, nous apercevons enfin le géant sommet du Kilimandjaro, grandiose et très impressionnant, même à des centaines de kilomètres de sa base. Arrivé à moshi 6 heures après avoir quitté Nairobi, nous nous installons et passons la nuit dans un très bel hôtel, l’Impala, piscine et superbe repas au programme. Les sacs sont prêts, place à une grande nuit de sommeil pour récupérer du voyage et se préparer au départ du lendemain.

J1 : Après un gros petit déjeuner, notre guide nous récupère le matin à l’hôtel. Il se nomme Mixon.  Nous sommes impatients et très motivés de partir. Direction Machame gate (1 800m) en mini bus, lieu d’entrée du parc du Kilimandjaro. La première journée est relativement simple : montée à travers la forêt jusqu’à Machame Hut (3000 m), où nous passons notre première nuit. Le paysage est merveilleux, l’ambiance chaleureuse. Nous avons chacun une petite tente, les porteurs et membres de l’expédition sont d’une extrême gentillesse. Nous sommes 11 au total. Une fois dans nos tentes, la nuit tombée, le silence est saisissant, loin de toutes civilisations. Nous sommes au calme !

J2 : Jour de transit, départ de Machame hut après un petit déjeuner copieux ! Montée en crête à travers séneçons et steppes, nous quittons la végétation pour de la roche et de la pierre. Nous nous rapprochons doucement du Kilimandjaro. Bivouac à Shira Camp (3 800 m). Nous sommes toujours très en forme, et bien acclimatés. Deuxième nuit. Il fait froid (-5degré), et beaucoup d’humidité dans nos tentes.

J3 : Montée progressive jusqu’à  4 500 m, avant d’attaquer le col de la Lava Tower, à 4600 mètres. La Lava Tower est une immense tour de lave orangée, lieu de passage nécessaire pour une bonne acclimatation. Pas de mal de tête ou de difficulté à respirer, les voyants sont aux verts. Nous entamons la descente dans un grand canyon, pour rejoindre le camp de Barranco Hut, plongé dans le brouillard et le vent (3 960 m). Mais pas pour longtemps, en fin de journée le soleil fait son apparition pour nous faire découvrir un paysage merveilleux, digne du roi lion.

 Je passe une nuit très difficile. Le stress monte, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Mon cœur bat très vite, impossible de me calmer. Je me balade donc de nuit dans l’immense camp, entre les tentes, les grosses têtes dans les oreilles pour me changer les idées. Je regarde les étoiles, absolument merveilleux, loin de toute civilisation et de pollution. Je retourne dans ma tente seulement à 2h30 du matin, moins de 3 heures avant le réveil. Le sommeil ne viendra pas.

J4 : Nous attaquons aujourd’hui la montée spectaculaire dans la paroi du Barranco wall, mur assez technique nécessitant une grande concentration. N’ayant pas fermé l’œil de la nuit, je me concentre au maximum, respirant le plus lentement possible, et mettant un pas devant l’autre avec la plus grande concentration. Je suis impressionné par l’agilité des porteurs, portant d’immenses et lourds sacs, gravissant cet immense mur avec une grande facilité. En forme mais sentant la fatigue arrivée, nous décidons de monter directement  à Barafu camp et de sauter le camp intermédiaire de Barafu Hut, à 4200 mètres. Nous décidons de sauter cette étape car nous sommes acclimatés, et nous voulons tenter le sommet rapidement pour ne pas laisser trop de fatigue s’installer. Nous arrivons 2 heures plus tard à Barafu camp, camp de base principal du Kilimandjaro, à 4600 mètres. Le camp est immense, nous sommes très nombreux. Nous retrouvons avec joie nos tentes et admirons au loin le magnifique Mont Mawenzi (5100 mètres). A 18H00, prêt à commencer une petite nuit, la neige se met à tomber ! En Afrique ! Un moment inoubliable.

Je n’arrive pas à dormir non plus cette nuit. Je tremble d’excitation, et suis impatient de commencer l’ascension finale.

J5 : départ nocturne, aux alentours de minuit, après un gros déjeuner. Je porte sur moi les vêtements de pisteur de mon père, et me sens invincible. Nous avons 1298 mètres de dénivelé à faire, le plus doucement et prudemment. Le vent souffle très fort, je suis épuisé par 2 nuits sans sommeil. Je ferme les yeux et me concentre sur mes pas, un pied devant l’autre, un pied devant l’autre. Nous arrivons après 4 heures de marche dans la nuit et dans le froid sur le bord de la lèvre du cratère, à Stella Point (5600 mètres). Les derniers 200 m jusqu’au Uhuru Peak (5 895 m) sont plus faciles .Je décide d’accélérer fortement 150 mètres sous le sommet pour partir devant, et me retrouver seul au sommet. Je me retourne, personne ne suit ! Direction le point culminant d’Afrique !  

Quelques minutes plus tard, me voici seul au sommet du Kilimandjaro, 5895 mètres, point culminant d’Afrique. Il fait encore nuit mais le soleil se lève à l’horizon. Le guide adjoint arrive à son tour quelques minutes plus tard, puis le guide et Katrina, mon amie Française. Nous nous serrons dans les bras, heureux et très fiers d’avoir réussi ce sommet ensemble. Le soleil se lève, laissant découvrir des paysages à couper le souffle : d’immenses parois de glace, de 100 à 200 mètres de hauts, contournent le sommet. Il fait froid et le vent se lève, nous prenons quelques photos avant de commencer, épuisés, une interminable descente.

 Nous rejoignons le Barafu camp où nous nous ravitaillons et prenons quelques heures de repos, avant de continuer la descente jusqu’à Mweka hut (3 725 m). Je suis très fatigué ! Je me couche à 18h00 dans ma petite tente, des images et des souvenirs pleins le cœur, pour me réveiller seulement le lendemain à 7h00.

J6 : Après un gros petit déjeuner et quelques étirements, nous commençons la descente à travers la forêt jusqu’à Mweka, une des autres portes d’entrée du parc du kili. Nous récupérons avec grand bonheur nos diplômes de réussite du sommet ! Nous retournons à Moshi, disons au revoir à notre guide, merveilleux tout au long de l’aventure, pour passer enfin  une nuit très confortable dans notre bel hôtel. Après avoir dégusté un délicieux repas et bu une grande bière, bien évidemment !

Les jours suivants, nous avons profité du pays et de ses immenses plaines.  Visite du magnifique Lake Manyara, puis du cratère Ngorongoro, 7ème merveille naturelle du monde, regroupant quelques-unes des plus belles espèces d’animaux. Retour sur Nairobi pour un vol vers Londres, puis direction Genève.

Je reviens de cette aventure et de ce sommet avec 4 kilos en moins, des centaines de photos, des souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire, mais heureux comme jamais. Je viens de réaliser un nouveau rêve. Et ce ne sera pas le dernier. L’aventure continue, à 20 ans seulement…