Un rêve de gamin, un rêve de toujours : habitant depuis ma naissance dans mes alpes chéries, 😉 le sommet du mont Blanc est un projet lointain que je rêve d’accomplir. Sommet magistral, toit de l’Europe occidentale, point culminant de la France et des Alpes, il représente un véritable symbole et grand mythe pour les alpinistes et montagnards. Je me rappelle l’admirer depuis tout petit, que ce soit lors de mes entraînements en ski alpin lorsque j’étais en ski club de compétitions à Valmorel, ou lors de mes randonnées l’été avec mes parents, sur les sommets de Tarentaise. Il est également, un sommet essentiel à réussir avant de partir gravir de plus hauts sommets dans le reste du monde. En forme physiquement et en pleine progression en athlétisme grâce à mes entraînements au club d’Aix Les bains depuis septembre 2009, je décide en fin d’année 2009 de me lancer dans cette aventure et ce défi. Mon père, passionné de montagne, grand skieur depuis sa jeunesse, est également partant ! Nous voilà partis pour une superbe aventure père-fils et pour plusieurs mois de préparation physique, avec différents sommets réussis pour améliorer notre acclimatation et notre capacité à faire du sport en haute montagne. D’un point de vue personnel, je décide de ne pas changer mon entrainement en course à pieds. Je ferai les cross l’hiver, continuerai à m’entraîner avec le club, et ferai quelques sommets au printemps pour m’acclimater correctement. Val Thorens sera un lieu idéal pour s’habituer tout doucement à l’altitude.

En forme et ayant réussi le grand pic en Lauzière (2829m), le grand bec au dessus de Champagny en Vanoise (3398m) et la Cime Carron (Val Thorens, 3195m) en fin d’hiver 2010, nous décidons au printemps de gravir le mont Blanc, en mai ou juin, en fonction des conditions météorologiques. Avec un pari et un objectif bien précis : réussir le sommet en 1 jour seulement, départ de Chamonix le matin même, par la voie des 3 monts ! Il existe de nombreuses voies d’ascensions pour réussir le sommet, dont les principales sont la voie royale ou arête des bosses (par le refuge du goûter considérée comme la voie la plus rapide et la plus facile), la voie des 3 monts (départ de l’aiguille du midi), et la voie historique par les grands mulets (départ du plan de l’aiguille pour passer sous la face nord de l’aiguille du midi en direction du refuge des grands mulets (3051m).

Nous avons choisi la voie des 3 monts, et nous serons en ski de rando pour la montée et la descente (par la face nord). Cette voie consiste à partir de l’aiguille du midi (3842m) pour se poursuivre par l’ascension de l’épaule du Mont Blanc du Tacul, le mont maudit, les rochers rouges et enfin le sommet du Mont Blanc. Grosse difficulté en plus dans notre projet: nous partirons de Chamonix le matin même par la première benne du téléphérique de l’aiguille du midi, donc sans dormir au refuge des cosmiques. L’ascension va être éprouvante mentalement et physiquement, mais nous sommes prêts, et plus motivé que jamais !

Quelques données techniques du Mont Blanc et de la voie des 3 monts: 4810.02 mètres d’altitude. Massif du Mont Blanc, première ascension réussi par Jacques Balmat et Michel Paccard le 08 août 1786. Pour la voie des 3 monts, depuis le téléphérique de l’aiguille du midi, la dénivelée totale est d’environ 1800 mètres pour une distance de 22.3 km :

Pente : 50°
Cotation globale : PD+
Engagement : III
Qualité de l’équipement en place : P4 (pas équipé)
Cotation technique : 4.2
Exposition ski : E2
Cotation ponctuelle ski : S4
Cotation globale ski 😀

Coordonnées : 45° 49′ 57″ N6° 51′ 53″ E45° 49′ 57″ Nord6° 51′ 53″ Est

Un ami de longue date, habitant Doucy Comblouvière, guide de haute montagne, nous accompagnera.
Jour J : Après avoir attendu pendant plusieurs jours une ouverture climatique et être revenu en vitesse 2 jours plus tot de Chambéry à la maison pour me préparer au sommet, direction Chamonix un mercredi matin, fin du mois de Mai pour l’ascension du Mont Blanc. Réveil à 3h00 à Raclaz, un gros déjeuner, et direction la haute Savoie. Nous récupérons notre ami guide à Doucy, pour un long et penible trajet vers Chamonix. Je n’ai pas beaucoup dormi de la nuit et suis très stressé. Je ne serai jamais monté aussi en haut en altitude qu’aujourd’hui, mon père également. Je me sens prêt et je sais au fond du coeur avoir fait le nécessaire pour réussir. Mais tout de même, nous nous attaquons au Mont Blanc, en une petite journée seulement! Le défi est de taille… J’ai passé la nuit à évoquer tous les scénarios possible de l’ascension et j’ai répété des dizaines de fois mon matériel pour savoir si je n’avais rien oublié… Ce n’était pas l’idéal pour faire baisser le stress 😉
2h30 de route plus tard, l’arrivée sur Chamonix est merveilleuse : le Mont blanc domine la vallée, loin au-dessus de nos têtes ! Il est 7h30, les premiers alpinistes se sont lancés depuis un bon moment déjà dans les premières pentes du sommet. Nous achetons le forfait pour le téléphérique de l’aiguille du midi, mettons les chaussures et embarquons dans la première benne, aux alentours de 8h00. Nous sommes peu nombreux, une dizaine au maximum. En regardant le matériel des autres personnes, je comprends que nous serons seulement deux groupes, des italiens et nous, à tenter de réussir l’ascension en une seule journée.
Nous arrivons au sommet de l’Aiguille du Midi vers 8h30. Le spectacle est impressionant! Moi qui n’avais jamais pris le téléphérique de l’aiguille du midi, je suis servi: la benne vient s’engouffrer dans les rochers pour s’accrocher à la gare d’arrivée… en dessous de nous, nous apercevons quelques centaines de mètres de pleins vide.. saisissant. Nous nous équipons, prenons quelques photos et nous voilà partis pour une sacré belle aventure. La première étape est de descendre la fine arête de neige, vertigineuse et très impressionnante, en direction de l’Est. Prudence car chaque année des chutes mortelles se produisent sur ce passage assez technique. Le tracé s’oriente vers le sud, passe sous les immenses parois de l’Aiguille du Midi, et rejoint le refuge des cosmiques, lieu de départ des ascensions de nuit.

Il fait déja très chaud, malgré l’altitude. Après avoir chaussé les skis de rando, direction le Col du Midi, pour attaquer le Mont Blanc du Tacul par la face nord-ouest. La chaleur, sur cette neige, est écrasante. Nous enlevons des couches, mettons les peaux et commençons à grimper le premier des 3 mont Blanc. Notre ami guide impose un agréable et bon rythme. Nous sommes très concentrés. Le paysage est impressionnant, des gigantesques séracs dominent la face. Après 1h30 d’efforts, nous arrivons au sommet de l’Epaule du Mont Blanc du Tacul, à environ 4000 mètres d’altitude. Pour la première fois de ma vie, je suis au-dessus de la fameuse barre des 4000 mètres. Je me sens bien, calme et reposé.
Nous redescendons légèrement par les pentes Sud du Tacul jusqu’au Col du mont Maudit. Nous traversons ensuite en direction Ouest sous une barre de séracs pour rejoindre la face Nord du Mont Maudit, qu’il faut remonter en direction de l’Epaule du Maudit, une petite dépression que l’on devine bien sur l’arête nord, défendue par une rimaye. La pente est vertigineuse. Nous mettons les skis dans le dos, les crampons aux pieds, le piolet dans la main ! Nous grimpons prudemment et calmement. J’ose regarder en dessous : la pente est très raide, il ne faut pas chuter ! Une fois au col, on découvre enfin le dôme neigeux du Mont Blanc… Une barre énergétique, quelques gorgées d’eau, avant de nous attaquer au Mont Blanc !
Après le passage du col, il faut poursuivre en traversée sous les rochers. Puis suivre la crête. Nous dépassons le Col de la Brenva (4303m, de là, il est possible de s’échapper par le Corridor et les Grands Mulets).

Nous dépassons un italien, présent avec nous ce matin dans la benne, mal en point à cause du mal aiguë des montagnes. Nous remontons le mur de la Côte, très raide sur la fin avant de rentrer dans les 350 derniers mètres nous séparant du sommet. Je me tourne régulièrement pour voir mon père et lui parler. Tout va bien, les voyants sont aux verts. Le sommet n’est plus très loin !
Encore quelques mètres, quelques efforts et nous voici au sommet du Mont Blanc, 4810 mètres, point culminant d’Europe Occidentale, à 14h45 ! Une émotion immense, quelques larmes de joie, après des mois de préparation et entrainement. Un rêve se réalise ! Nous sommes tous les 3 au sommet, admirant un paysage merveilleux et une vue fantastique. L’ascension s’est déroulée parfaitement, sans aucun problème technique ou physique. Nous restons 15 petites minutes au sommet, prenant des photos et nous félicitant. La vue sur tous les sommets de vallée est saisissante. Il ne fait pas froid (-5 degré), et le vent souffle faiblement. Nous enlevons les peaux et nous nous lançons dans une longue et immense descente à ski, par la face nord, direction l’intermédiaire du téléphérique de l’aiguille du midi pour prendre une benne et redescendre sur Chamonix.

La descente est fatigante. La pente est parfois très raide (45 degré). Il faut faire attention et rester concentrés car la pression retombe souvent après avoir réussi un sommet. La face nord est géante, nous passons entre d’immenses séracs et de profondes crevasses. Nous passons devant le refuge des grands mulets (3051 mètres). Je suis exténué et très fatigué. Quelques mètres plus bas, mon père tombe dans une crevasse. Heureusement, nous sommes encordés, la chute aurait pu être plus grave ! Notre ami guide à eu un reflexe forminable en tirant rapidement la corde vers lui quand mon père à chuté. Nous accélérons le rythme pour ne pas louper la dernière descente du téléphérique ! Un dernier effort, un dernier virage et au loin, l’intermédiaire du téléphérique ! Nous avons réussi! Mais pas de repos, nous déchaussons rapidement les skis pour s’installer dans la dernière benne de la journée du téléphérique. Ouf! Nous dormirons chez nous ce soir! Nous apprenons, pendant la descente, qu’un gigantesque sérac s’est décroché sur le mont blanc du Tacul, 1h30 après notre passage, entrainant une grande avalanche. Nous avons eu chaud! Et heureusement, aucun alpiniste n’à été victime de cet événement. Nous arrivons quelques minutes plus tard au parking, très heureux et fatigué! L’effort aura été très intense, les sensations et les émotions également.

L’aventure aura été merveilleuse. Nous avons réussi notre pari de réussir le Mont Blanc en un jour seulement. Nous avons très bien géré l’ascension. Des images pleins la tête et des souvenirs gravés pour toujours, nous rejoignons la voiture avant de retourner en Savoie. J’ai hâte de raconter cette journée à ma maman, surement inquiète depuis très tôt cematin. Je n’arrive pas non plus à dormir la nuit après le sommet, malgré l’effort de la journée… J’étais trop excité et je n’arrivais pas à faire me calmer pour réussir à dormir. Mon coeur battait à 95 pulsations minutes, à 23h30… J’ai mis de longs jours à récupérer totalement de cette journée 😉 Mais une chose est sûre : je veux désormais monter plus haut, encore plus haut ! A ce moment-là, je me rends compte que l’aventure ne fait que commencer. A très vite.